Que reste t'il en mémoire après qu'on a oublié les détails de ce que nous avons vu et vécu ?
Quel sens prend ce qui reste en mémoire et quelle est sa place dans notre vie quotidienne ?
Est-il possible de reconstituer des images en assemblant des débris de souvenirs ?
Quel discours cohérent peut-on présenter pour donner sens à ces images ? Quel intérêt et quel sens auront ces images chez celui qui les regarde ?
PEINTURES
DESSINS
Je ne prétends pas connaître les réponses. Mais pour moi, la mémoire est le lieu où résonnent les dernières voix du passé et les dernières traces de son existence. La mémoire est un chantier en ruine menacé par l'érosion de l'oubli. Les restes de souvenirs dans la mémoire sont comme les ruines des civilisations disparues, ce sont les traces de notre histoire.
Donc, il est important de conserver ces restes. Et comme un site en ruine, ma peinture fonctionne comme une mémoire. Les formes semblent être en ruine, déstructurées, et en partie effacées.
Le but n'est pas de représenter l'image de la mémoire comme elle est dans sa nature éphémère, mais à travers son rôle de mémorisation afin d'en tirer des éléments et les clefs qui me permettent de représenter non pas un chantier en ruine, mais un chantier en construction de signes.
Je me sers du paysage nature ou urbain comme lieu d'évènement où se produisent les signes. Comme je voulais que ma peinture représente une image du passé, à l'image de cet espace qui loge ces restes de souvenirs comme une fenêtre hors du temps, j'ai éliminé le ciel pour qu'il ne reste que cette terre où nous faisons nos signes. Ainsi le regard de l'observateur se situe dans une vision panoramique des choses où le paysage devient un espace en platitude comme une page de réflexion. Le corps s'élève et ne se projette plus dans un espace naturel en profondeur vers un horizon en sfumato, mais comme un oiseau qui survole l'espace terrestre en lisant les signes.
Rachid Nabah